Sophrologie Ehrhard
Sophrologie Ehrhard

Article – 4 – vouloir…

 

Nous « voulons » sans aucune cesse ! Rarement l’instant est donné au vide – le vide de penser pour que soit le plein de la vie, ici et maintenant. Le seul dessein de notre Ego est de vouloir. Peu importe que cela soit essentiel ou non. « Je veux » est le seul but de notre « ordinaire » existence.

Et si nous décidions d’écarter un instant ce qu’Ego veut, là, dans la plénitude du moment, afin qu’émerge doucement au cœur de notre méditation ce que l’on veut vraiment, nos vrais désirs dans chaque domaine de notre existence ?

Lorsque nous opérons une distance sur tous ces vouloirs portés par nos incessantes pensées - bien qu’il n’est pas question de ne laisser la place qu’aux désirs fondamentaux - nous pouvons nous apercevoir que certaines de nos demandes sont particulièrement futiles, voire infantiles, et exigent cependant de nous une grande quantité d’énergie. Ces demandes répétitives et tenaces, ces exigences aisément génératrices de stress, sont bien souvent des fixations capricieuses de notre Ego qui adore amassé tout et n’importe quoi et qui, envers et contre tout, veut détenir la raison.

Tous nos désirs trouvent en fait leur origine dans la peur « existentielle » d’être dépossédés, cette peur mise en lumière par K. G. Dürckheim – peur qui se compose de trois peurs indissociables :

  • La peur de la perte de la vie, refus de « l’impermanence » des êtres et des choses,
  • La peur devant l’absurde, le non-sens, l’inconcevable,
  • La peur d’être abandonné, de se retrouver seul.

Elles se contiennent et correspondent à la triple unité de l’Être, ou unité qui, lorsqu’elle est acquise, sauve l’homme de l’obscurité où le retiennent ses peurs :

  • La force de vivre, d’exister vraiment. Agir pour ses vrais désirs.
  • La connaissance de sa vraie nature et de la réalité de la vie. Le développement personnel.
  • La protection dans le « nous », la communauté. L’union avec les autres et l’action dans l’épanouissement des valeurs de l’Être.

Bien sûr, il est indispensable d’avoir pour vivre pleinement l’existence horizontale ! Il est des avoirs essentiels qui font que la vie demeure autant que ce peut pour chacun digne et créative. Mais il est des avoirs purement égoïstes ou égocentriques… Ce sont ceux qui nous bernent le plus ! Ces avoirs nous remplissent plus qu’ils ne nous enseignent la vie et ils tendent à voiler notre réalité profonde avec son véritable désir. Ils masquent de manière très subtile ce qui nous est fondamental - le vrai désir - et donc ce qui nous permettrait d’être et de vivre vraiment qui on Est. Pour être et vivre qui on Est, il ne s’agit pas de se remplir pour compenser nos peurs et nos manques mais d’apprendre - pratiquer le véritable enseignement de la vie par l’expérience en consciente pure et vierge de tout, pour se dépouiller ensuite et toucher le cœur de sa réalité. Cela ne peut se faire qu’en revenant à soi (penser contre son propre moi, dirait Jung) et démasquer les « vérités » toutes faites de l’Ego. Il s’agit de dévoiler la conscience afin d’être la conscience consciente (A. Caycédo), de se poser ici et maintenant en laissant émerger la parole de l’Être.

Bien sûr que les désirs de l’Ego sont générateurs de plaisirs incomparables, d’instants forts agréables, et le propos n’est pas ici de supprimer les désirs ; mais il est fondamental de ne pas les confondre avec la réalité absolue et inconsciemment leur donner tous les droits. Lorsqu’ils sont nos maîtres et certifient leurs vues sans la moindre souplesse, nous sommes ballottés inlassablement de l’agréable au désagréable en fonction des humeurs fort changeantes de notre Ego. Profiter des belles et bonnes choses, oui, mais avec conscience, avec le recul de la conscience qui permet, justement, la non-confusion. Car cette confusion, si elle nous est plaisir parfois, elle nous berne par les illusions qu’elle entretient, et, ne l’oublions pas, elle peut faire aussi souffrir ceux qui nous entourent et que nous n’entendons jamais car nous ne les écoutons pas, sûr de nos points de vue irréfutables. Le non-respect de l’autre ? Bien sûr l’Ego s’en moque ! Peu de nos pensées sont libres d’un « je veux » sans discernement et sans appel.

Dans les profondeurs de notre lâcher prise, dans la lumière d’une conscience accueillante et bienveillante, le dévoilement peut se faire avec la prise de conscience des désirs envahissants de l’Ego - dévoiler les ressorts de l’Ego, ses projections, ses manipulations… Ainsi va s’ouvrir peu à peu le chemin vers la réalité de soi avec un nouvel éclairage sur le véritable vouloir. Car dans ce monde il est fondamental de vouloir ! Vouloir pour construire sa vie, pour aimer, pour protéger les valeurs humaines et pour vivre magnifiquement les plaisirs que donnent « les nourritures terrestres ». Car nous y avons droit au plaisir ! Et ce vouloir n’a pas à être soumis à une quelconque morale bâtie sur des à priori et des peurs transmises en héritage. C’est le vouloir du sens, en harmonie autant que se peut avec soi et le monde. C’est le vouloir de l’individu libre intérieurement et respectueux du désir et de la liberté de l’autre.

Alors ce vouloir aura besoin de pouvoir. Pas le pouvoir qui a pour dessein la supériorité sur les autres avec le dédain des autres (ce qui serait affaire d’Ego) mais le pouvoir qui fait que l’action qui nous permet d’exister dans le monde, soit, réellement, et qu’elle porte ses fruits, pour notre bonheur - ce bonheur toujours à réinventer parce que n’existant que dans le présent et le non refus de ce présent, ici et maintenant.

Sans ce pouvoir éclairé et libre il n’est pas vraiment la peine de s’accrocher à un vouloir, sauf si de celui-ci dépendent la liberté d’être et la vie. Travailler en soi pour créer cette liberté et préserver la vie sera alors le chemin.

Si le pouvoir est faible, prisonnier des peurs, le vouloir va demeurer une idée, un fantasme, une attente qui a peu de chance d’aider le désir à se vivre, un espoir qui enjolive le présent, rien de plus - ce qui quelquefois, il est vrai, aide à survivre !

Notons également que parfois le pouvoir, faible ou fort, fait face à un vouloir bien faible qui n’a en fait pas envie de se vivre et est servit par de nombreuses justifications. La peur est aussi au cœur de cette « faiblesse », parfois légitime, de la volonté - à moins que le vouloir, donc le désir, ne soit pas si fondamenta!

Le pouvoir nécessaire au vouloir n’est bien évidemment pas sans le bon sens, l’esprit clairvoyant qui lui donne ou non légitimité et lui montre des axes d’actions justes. Si, en toute conscience, ce pouvoir n’est pas possible parce que les actes à mener sont hors du sens ou irréalisables, entravés par d’autres désirs plus forts et plus essentiels, le renoncement au vouloir sera le chemin afin de ne pas entretenir de chimère, donc des égarements qui peuvent tôt ou tard blesser l’existence de l’individu. Certes, le renoncement face à un souhait qui nous prend le cœur peut être douloureux, mais si l’on désire libérer sa vie de toutes les illusions qui l’entravent, il n’y a pas d’autre route : renoncer aux utopies, se rendre libre des promesses non tenues, abandonner les fausses croyances qui sont engrangées en nous et entretiennent notre névrose, donc, à long terme, notre souffrance. Renoncer, c’est lâcher prise totalement, accepter d’être comme dépossédé pour que la vie trouve un nouvel élan face à l’immobilisme de nos attentes. Mais ici aussi renoncer ne se fait pas sans le discernement, sans le bon sens.

Si ce que l’on veut est profondément désiré et que cela est essentiel pour nous, pour notre vie, pour notre simple plaisir d’individu même, et que le pouvoir est entravé par les contraintes de la vie, alors ce pouvoir devra se nourrir de courage pour que soit la réalisation du désir - un courage pur et droit qui fera vivre un « je veux » plein d’amour. Car c’est cela qui est essentiel, que notre vouloir et notre pouvoir soit illuminé par l’amour – l’amour de vivre, d’exister et de faire exister au cœur des valeurs humaines, et ce, qu’elle que soit la réalité de notre existence. Vouloir et trouver comment agir, et s’engager, dans l’amour.
L’amour est une solution et contient toutes solutions dès lors que l’amour n’est pas abîmé, trahi, dévalorisé, détourné par l’ignorance au profit de l’Ego.
Aimer est la solution. Alors, vouloir et pouvoir vont permettre, au travers du juste avoir, d’Être vraiment.

Résumé d’un partage lors d’un atelier – P. ehrhard – droits réservés


Note : "Je veux "et "Je ne veux pas", bien que semblant antagonistes (l’un saisit, l’autre rejette) procèdent de la même énergie. Ils prennent racine dans le noyau intentionnel du sujet (intention de l’Ego ou intention de l’Être). Ils servent le même désir profond, le même vouloir. « Je ne veux pas », lorsqu’il est désir non égotique et nécessaire à la protection de notre intégrité, a aussi besoin de pouvoir, et parfois de courage.


- Ehrhard 2004 -
Valid XHTML 1.1! Valid CSS!