Sophrologie Ehrhard
Sophrologie Ehrhard

Article – 3 – Vers la conscience verticale…

 

P. Ehrhard – droits réservés

La conscience verticale est une conscience ouverte à la totalité du présent dans sa réalité, et qui, librement, vit ce présent, à la fois dans son expression la plus éphémère et dans ce qu’il contient d’éternité.

Tout ce qui nous est essentiel, assurément, est contenu dans le présent. Il est notre seul accès à la liberté intérieure, notre unique chance d’Être, d’agir, d’aimer, dans la réalité. Une évidence que le mental brouille sans cesse en nous entraînant toujours ailleurs de l’ici et maintenant et en mettant sans cesse quelque chose d’autre à la place de ce qui Est. Nous ne sommes pas « que » ce que l’on pense ! Obscurcis par nos pensées, nous avons tendance à présupposer, à porter des jugements de valeur, à comparer arbitrairement, à figer notre vie dans nos croyances, et nous nous plaignons pour un rien. Nous refusons toujours ce qui ne convient pas à notre vision du moment ! Rien ne change dans notre vie, car nous ne voulons rien changer, ou bien nous bousculons tout pour nous figer à nouveau ; et comme tout se transforme irrémédiablement, nous nous retrouvons vite décalés et malheureux. Comme dépossédés, nous ne voulons plus ressentir, ou nous ne ressentons qu’au travers de nos sens voilés par les croyances de l’Ego. Nous ne désirons qu’avoir, et nous oublions d’être. Et nous ne pouvons être que dans l’instant, là où nous respirons, pas ailleurs. Le présent sans l’Être* est un présent perdu. Au profit du mental, la conscience s’amoindrit et se met en rupture avec le Tout. Et l’amour déserte.

La Sophrologie caycédienne est un chemin proposé vers la conscience dévoilée de ses obscurcissements, ici et maintenant - car seule compte la pleine conscience dans la verticalité absolue du présent, et surtout le chemin vers cette conscience pure et sans voile, la conscience éveillée, celle de l’Être (ref. à Platon – Allégorie de la caverne » - Livre VII de La République - texte référence de la Sophrologie Caycédienne).

Au cœur de la verticalité tout est mouvement, tout est impermanence. Dans la verticalité, toute expérience transforme inlassablement la moindre certitude, le moindre équilibre, et c’est notre chance pour grandir – grandir et bâtir notre existence horizontale sans jamais rien perdre de la verticalité numineuse*, cette verticalité du présent où s’exprime l’Être.

Ainsi, dans la verticalité, vivre, et ne jamais se laisser figer par la certitude des pensées. Faire à chaque instant l’expérience de ce qui Est.

Chaque expérience* du présent est donc à vivre dans la pleine originalité de la personne, car c’est par l’expérience individuelle unique que la vraie liberté se conquiert. C’est par l’expérience de la pleine conscience que nous pouvons transformer l’existence horizontale en une vie libre, authentique, responsable et constructive. Une vie qui ait sens.

Apprenons donc à être conscients de ce qui Est, ici et maintenant, de ce que l’on ressent, de ce que l’on veut vraiment et de ce que nous désirons transformer afin de vivre nos vrais désirs. A partir de cela, mettons nous en route ; soyons en devenir. Et laissons agir nos énergies vitales, patiemment, avec courage et avec amour. Vivons surtout. A chaque moment faisons l’expérience de la Vie et de l’amour - cela est juste.

Où que nous soyons sur le chemin, quels que soient les objectifs atteints ou non atteints au cours de notre développement, ne nous jugeons pas ; et n’idéalisons jamais le chemin, pas plus que la sagesse. Essayons de ne pas nous fixer des buts illusoires pour justifier une quelconque route. Ne comparons pas notre voie avec celle des autres, car en fait le chemin à faire pour chacun n’existe pas par avance, il n’a pas de modèle ; ce chemin, unique pour chaque individu, se trace en marchant, à chaque pas que nous faisons. Aussi, si notre existence est aujourd’hui duelle, si nous sommes dans la dépendance, acceptons-le humblement. Si l’espace de liberté intérieur n’est pas encore totalement présent dans notre quotidien, accueillons cette réalité. Car c’est cela qui compte, l’accueil, le non-refus, dans la conscience de ce qui Est, ici et maintenant. Soyons humble et ne laissons pas grossir notre Ego au travers de son idée subjective de la perfection. Notre seule perfection, c’est d’Être, simplement, se rassembler en soi et faire l’expérience de l’unité*, pour notre légèreté et notre bonheur.

Car le bonheur existe toujours au cœur du mouvement des choses ; c’est là qu’il réside, dans l’impermanence non refusée. Il se conquière, s’apprivoise, et il n’existe pas dans l’abnégation de la souffrance. Parce que la souffrance est notre humanité. Il ne s'agit cependant pas de mettre en avant la vieille croyance « il faut souffrir pour être heureux », elle ne veut rien dire. Intégrer ce qui nous blesse, trouver le sens, savoir renoncer ou s’engager, clairement et réellement, pour notre liberté intérieure et pour que vive l’amour - c’est cela le chemin. Un chemin d’ouverture qui passe inexorablement par la traversée de l’Ombre*, la face bien cachée de nous-mêmes. C’est par cette intégration que l’Homme se libère. L’Homme se libère par la vivance* profonde des phénomènes de son existence. Il se libère par le continu dévoilement de sa conscience (conscience dévoilée*). On ne se libère pas en se fuyant continûment ni en donnant à un autre le pouvoir sur notre existence, sur nos désirs. Aussi ne suivez jamais quiconque vous dira détenir le bonheur (le votre ?). Aucune organisation, aucun pouvoir ne peut y prétendre. Notre bonheur est de notre seul fait, et il exige la traversée de notre Ombre, la conscience de nos projections, de nos identifications. Il demande de ne plus refuser, de ne plus subir, et de passer sur un autre plan de conscience. Rejeter le mal et ne s’occuper que du bien est un leurre qui entretient la division, cause de tant de douleurs. C’est profondément sectaire, et tôt ou tard, dangereux. Voyons ce qui est obscurité en nous, « re-connaissons » et grandissons pour la lumière, ici et maintenant. Ainsi la personne qui peut avoir à vous accompagner sur le chemin, le guide, le thérapeute, toujours en relation avec votre guide intérieur (le maître serviteur du véritable soi) n’est là que pour vous donner un éclairage pour que vous trouviez en vous le courage d’agir pour vous-mêmes afin que vous soyez votre propre maître ; car c’est ce que vous vivez en toute conscience, votre expérience personnelle éclairée, qui est votre maître véritable. Alors, libre au cœur du présent, vous agirez pour votre vie et, en résonance, vous oeuvrerez pour l’humanité entière.

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* L’Être est à entendre comme l’état énergétique de l’exister dans le soi (ref. JUNG), le centre vrai de l’Homme. L’Être est la réalité de la personne unifiée, en soi et avec le Tout.

L’Être n’est pas à confondre avec le « moi je pense ». En réalité nous ne sommes pas ce que l’on pense. L’Être est le noyau pur de notre esprit ici et maintenant, l’intériorité dans la verticalité (et surtout pas la beauté intérieure, terme qui ne signifie rien).

* Le numineux est la qualité particulière de l’énergie ressentie au cours de l’expérience « spirituelle » ou expérience de l’esprit pur et libre. Elle caractérise ainsi la qualité de l’énergie de L’Être. Le numineux se manifeste par une « élévation » de la conscience, un sentiment éclatant de vérité dans l’unité de la personne avec le monde.

* L’expérience - Lorsque nous parlons d’expérience à faire sur le chemin, il s’agit d’expérience de vie, ou expérience « psychologique » ; il ne s’agit pas de l’expérience en tant qu’accumulation de données comme le nécessite tout apprentissage technologique, scientifique ou culturel (le langage par exemple). L’expérience pure revient à observer et vivre en dehors des conditionnements du passé, sinon rien ne peut être mis à jour ou transformé, rien ne peut être neuf. L’expérience pure doit pouvoir révéler la vérité de l’instant où elle se produit. Elle ouvre sur la connaissance. Bien sûr, irrémédiablement, connaître demeure toujours subjectif car le résultat d’une expérience, même vécue en conscience pure, n’appartient qu’à celui qui la fait. Ce qui est transmis comme étant des connaissances sur la nature de l’esprit humain doit donc toujours être vécu et vérifié par l’expérience pure de chaque individu – l’expérience libre du mental et libre de toutes influences, dégagée de tout pouvoir empêchant le discernement, le libre arbitre. Car, dans toute expérience, s’il est des ressorts psychologiques communs à tous (comme le sont par analogie les fonctions organiques - les battements de cœur par exemple) chacun à son unicité (aucun battement de cœur n’est identique à un autre, et aucun sentiment d’amour ne peut se comparer à un autre). L’expérience est donc pour nous l’ouverture continue de l’esprit à la totalité de la réalité du présent (notre réalité d’être et de ressentir, et la réalité de toute situation en cours), comme si, autant que ce peut, nous voyions de manière totalement neuve.

* L’expérience de l’unité – expérience de la non-division en soi, et de la non-division entre soi et l’entièreté du monde. C’est l’expérience de la non-séparation et la non-confusion entre tout ce qui Est, tous les phénomènes participant au même mouvement, celui du Tout. L’expérience de l’unité se caractérise par l’énergie du numineux - énergie de l’Être.

* L’Ombre, définie par Jung, représente la part cachée de soi ; ce que le moi ne veut pas voir. C’est le Mr Hide du Dr Jekyll. Les rêves, nos projections sur autrui, nos lapsus, nous parlent de l’Ombre. La confrontation du moi avec l’Ombre est toujours angoissante. Son intégration est nécessaire au grandissement de la personne.

* La vivance - terme créé par Alfonso Caycédo – est la perception pleinement accueillie ici et maintenant, au cœur de la conscience dévoilée, de l’essence de tous les phénomènes de l’existence de l’individu. La vivance permet l’intégration de ces phénomènes et le développement des valeurs de l’Être. Elle participe au grandissement de la personne.

* La conscience dévoilée est la conscience consciente d’elle-même - la conscience « intentionnelle », sans les jugements de l’Ego, sans les a priori du moi. Elle est l’ouverte de l’Esprit sur soi et sur le monde - Être, dans la verticalité, et accueillir ce qui Est. Elle est la conscience pure du méditant, ou pleine conscience - conscience sophronique en Sophrologie. C’est la conscience en chemin vers l’éveil.
Notons que conscience pure et conscience ordinaire sont la même conscience. L’une exprime l’acceptation de la réalité (elle voit et détermine les actions « justes »), l’autre exprime le refus de ce qui ne plait pas à l’Ego. Lorsque nous sommes conscient de notre conscience ordinaire et de ses voiles, lorsque nous accueillons cela totalement, nous nous ouvrons à la conscience pure.


- Ehrhard 2004 -
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