
Il est essentiel de voir le pardon comme la nécessité de dissoudre en soi le lien toxique qui nous unit à l'objet de notre ressentiment dans le but de se réparer intérieurement et d'être libre d'un passé émotionnellement lourd. C'est donc abandonner nos sourdes idées de vengeance, pulsions cependant naturelles, avec ces envies de passage à l'acte qui pourraient perdurer en nous pour tenter de rétablir un jour un équilibre perdu. Notons que la vengeance ne fait que soulager un mal-être sans rien résoudre en soi alors que le pardon apaise en rompant les chaînes intérieures. De manière sournoise l'amertume et la rancœur resserrent toujours plus en nous le lien toxique.
Pardonner ne signifie en aucun cas oublier ou s'obliger à aimer l'Autre par qui nous avons souffert et effacer ses fautes. C'est vraiment dissoudre en soi ce qui nous ronge dans le corps et peut nous détruire peu à peu. Le premier temps du pardon nous concerne nous. Se pardonner de ce qui fut est une étape pour se réparer, se retrouver, en dehors de toute culpabilité car personne n'a à se rendre fautif de la névrose des autres.
Il est donc tout d'abord fondamental d'oeuvrer pour offrir notre pardon à la personne que l'on a été et qui a vécu l'histoire qui nous blesse encore aujourd'hui. Apprendre à aimer cet autre soi-même du passé en renouant le dialogue avec lui, en l'honorant à nouveau au travers de notre émotion, sont des points essentiels pour comprendre. Cette personne du passé que l'on juge souvent effrontément n'a pu faire en son temps que ce qu'elle pouvait faire. Ne faisons pas de confusion entre l'être que nous sommes et celui du passé qui n'avait pas notre savoir présent. Apprenons à lui donner, au travers de notre amour, la liberté d'avoir été et de ne pas avoir su. Pardonner c'est remettre les choses et les êtres à leur place dans leur temps et leur histoire sans confusion avec notre aujourd'hui ; sinon pourquoi ne jugerions nous pas demain la personne que nous sommes ici et maintenant au travers de ses probables erreurs et de son ignorance du moment ? Ayons donc de la compassion pour notre passé. Si nous y consentons, nous ne pouvons oublier que ce qui fut est toujours un enseignement pour nos histoires à venir. Ainsi, humblement, nous pouvons toujours voir en quoi nous avons pu nous tromper en accordant une confiance aveugle et en quoi, éventuellement, nous avons pu cautionner par ignorance ce qui nous a fait mal (voir « libre du passé, oui, mais... ").
Pardonner pleinement à ce qui, extérieurement, est responsable de notre blessure représente encore une autre étape très particulière qui, selon ce qui a été vécu, peut ne jamais exister. A ce sujet personne n'a à juger qui que ce soit et aucun argument ne peut être raisonnablement avancé. Le pardon à l'Autre, à l'objet de notre ressentiment, appartient à la vie, à notre cheminement en elle, à nos expériences personnelles de compréhension de compassion et d'éveil.
Dans le but d'exprimer légitimement une émotion agressive, pour éviter le refoulement ou un passage à l'acte, il est utile de passer par des actes symboliques pour se libérer (frapper sur un objet symbolique, écrire sans aucune censure tout ce que l'on a gardé enfouis, se libérer de manière physique par des exercices appropriés, créer, verbaliser…).
Il est fondamental de se donner le droit de ressentir, de dire, de sortir hors de soi ce qui blesse l'esprit et le corps ! Agir dans la pleine conscience pour décharger des énergies qui ne peuvent que s'opposer au pardon intérieur, donc à notre liberté.