Sophrologie Ehrhard
Sophrologie Ehrhard

Libre du passé, oui, mais...

Extrait de " ETRE " de Patrick Ehrhard – droits protégés

C'est un fait, le présent est de toute éternité ; nous ne vivons que du présent du début de notre vie jusqu'à sa fin. Habiter l'instant vertical nous permet d'accéder à cette éternité, mais pour notre mental, forgé dans l'horizontalité du temps, le présent s'échappe sans cesse. Et c'est toujours en référence au passé et de ce qu'il a contenu que notre mental s'impose.

Pour notre liberté, l'enseignement nous suggère d'être psychologiquement libre du passé. Oui, sans détours. Ce qui revient en quelques sortes à nettoyer le présent de ce qui n'a plus cours et voile la réalité de l'instant. La personne du passé n'est plus ; celle d'aujourd'hui est, ici et maintenant, en devenir... Mais devons pour autant nous débarrasser du passé au point de le renier et le refouler ?

Il ne saurait être question de se servir de l'évidence " il faut être libre du passé, il n'y a que le présent qui compte " pour fuir la réalité des engagements et des promesses non tenues que ce passé peut encore contenir. Car, de part nos actes, alors que quelque chose quelque part est en attente, le présent soudainement " lavé " par un retournement mental, manipulé en quelque sorte, devient un abri, la fuite d'une histoire que, pour de multiples raisons et justifications, nous ne voulons pas ou plus assumer. Balayer ce qui nous dérange et que pourtant nous avons semé est à coup sûr un obstacle sur le chemin d'ouverture de la conscience. Etre responsable, c'est voir, ici et maintenant, sans la moindre équivoque, ce qui n'est pas réglé du passé. Voir où l'on a peut-être trahi un moment de vie, en l'Autre sûrement, en soi-même toujours ! Voir l'inachevé qui laisse quelque part une blessure ouverte. Même aidé de nos plus judicieuses constructions mentales, conscientes ou non, il n'est pas juste de manipuler le temps et les hommes sans le moindre remord, avec, il est vrai, une innocence et une conviction quelque peu perverses quand l'Autre, ou le monde, n'est plus respecté. Mais, en référence à Freud, dans la plus totale inconscience souvent, nous serions tous un peu lâches et pervers. Et cela, parfois, nous arrange bien ! C'est là une manière peu courageuse de se détourner de son ombre, dirait Jung, de se détourner très égoïstement de ce que notre désir enfante et déserte.

Ces attitudes qui nient la responsabilité de ce qui a été en utilisant des paroles d'enseignement comme elles nous arrangent en les détournant de leur juste sens sont fréquentes lorsque l'Ego désire se dérober à ses manquements. Défenses et résistances jouent les rôles principaux dans ces comportements qui sont toujours fortement chargés en affect. Ainsi, dans le refus plus ou moins conscient et plus ou moins désinvolte de faire face à un manquement, on se manipule, on trahit sa parole, pour surtout ne pas voir et ne pas affronter ce qui est déplaisant en nous, un refoulement, une émotion bien trop pénible à combattre. Cette attitude qui tend à nous faire croire à une délivrance au travers de la légèreté que l'on peut ressentir en chassant une vérité qui pourrait nous blesser, cache assurément de profondes peurs. C'est donc une fausse liberté, une fausse indépendance, la dérobade du coeur.

" Il n'y a que le présent qui compte " sans nul doute ; mais imaginez donc si aujourd'hui au travers d'une telle affirmation, en l'interprétant à notre convenance, nous nous permettions des engagements sans nous soucier de leurs rester fidèles, sans faire en sorte d'éviter de tromper un jour nos promesses et de briser la confiance que les autres nous accordent ! Notre aujourd'hui est le passé de demain. Dans notre " ordinaire et insouciante " existence, nous avons trop souvent finalement peu de considération pour ce que nous faisons, pour ce que cela provoquera dans l'avenir et dans le coeur des autres. " Moi Je " décide et s'engage en n'écoutant que lui-même au centre de son état émotionnel présent, sa névrose, ce qui forcément peut l'entraîner régulièrement à se trahir !

Ces états d'être qui, il faut bien le dire, à des degrés divers n'épargnent personne, sont difficiles à surprendre en soi, le refoulement étant généralement contenu de manière très puissante par les belles ordonnances du moi qui savent nous protéger de tout ce qui nous met en défaut. Dans notre " ordinaire condition humaine " il est plus facile de fuir que d'affronter avec humilité. C'est cependant là, pas ailleurs, que l'on grandit !

Nous connaissons les défenses classiques pour se libérer d'un quelconque embarra concernant l'inachevé et sa blessure : " chacun est entièrement responsable de lui-même, responsable de sa propre souffrance " ! Sûrement ! Mais n'est-on pas soi-même également responsable de ce que l'on provoque ? Cela ne saurait être oublié ; notre responsabilité est en jeu parce que le désir et ce dont il s'empare sont de notre fait ! Attention donc, dans le but de nous laver de nos embarras, de ne pas rejeter sur l'autre ce qui n'est pas à lui ! Notre responsabilité a une résonance dans ce que cet autre peut vivre face à notre façon très personnelle d'habiter le présent en en chassant les faits incommodants encore pour nous baignés d'obscurité. L'autre est toujours un miroir, même s'il demeure naturellement responsable de son ressenti. Comment donc éveiller notre conscience quand nous évitons de voir où nous chutons ? Voir donc enfin où et comment nous manipulons le temps et le monde, même dans la plus parfaite innocence !


Le présent est la seule réalité " saisissable ". Il est l'espace de l'être. Notre action, donc notre transformation, ne peut qu'être au présent ; mais, définitivement, il n'y a pas que le présent qui compte en ce sens où tout ce que nous avons fait y est inéluctablement contenu ainsi que notre premier pas dans le devenir. C'est notre histoire qui fait notre ici et maintenant. Aussi nous ne pouvons négliger les graines autrefois semées, aujourd'hui négligées, ainsi que celles que nous sommes en train de semer. Le présent contient toutes choses, assumées ou engluées dans la fuite intérieure. Ce contenu détermine ce qu'il advient de nous. Aucune fuite, aussi justifiée soit-elle, ne peut bâtir un devenir de sagesse si le présent n'a pas résolu un passé effrontément renié mais qui demeure là, comme un cri étouffé. Ce qui n'est pas affronté de manière responsable, ici et maintenant, saura un jour à nouveau se montrer, n'en doutons pas ! Nous ne pouvons éternellement entretenir notre ignorance. De la position interne de la conscience face à cette résolution dépend donc la lumière du présent et de l'avenir !

Et c'est bien de responsabilité dont il s'agit, non de culpabilité.


Bien sûr que tout ne sera pas réglé ! Ne nous fixons surtout pas ce but ; mais que cela ne nous serve pas de justification pour autant. Bien évidemment qu'il n'est pas question de vivre avec l'angoisse ou l'anxiété continue d'avoir peut-être fait du mal, un jour, dans une histoire de jadis. Cependant, si aujourd'hui quelque chose traîne en soi, un trouble, un désenchantement, un questionnement, un appel sourd dans le coeur, sachons alors entendre ces voix et sachons faire face avec courage pour que la blessure en nous se cicatrise en trouvant un sens, une réponse à son pourquoi. Nous toucherons en résonance le coeur de l'Autre que l'on a croisé un jour, que par égoïsme nous avons négligé en n'aimant que soi-même ! Sachons écouter cet appel, apprendre de lui pour libérer notre âme ; dans nos fuites merveilleusement déguisées se cachent nombre de réponses à nos interrogations.

Nous n'ignorons assurément pas qu'il faut du temps, beaucoup de travail et de courage, de la bonté, de l'humilité, et de l'amour surtout, pour déceler, en dehors de toute culpabilité, ce qui appartient aux profondeurs de notre naturelle névrose afin de mettre à jour ce qui se joue de nous depuis des temps anciens ; ces schémas qui, en fait, ne nous appartiennent pas mais qui peuvent en nous et autour de nous causer de profondes souffrances.

Lorsque les esprits et les coeurs restent aveugles la liberté n'est pour personne.


- Ehrhard 2004 -
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