Sophrologie Ehrhard
Sophrologie Ehrhard

Le refus

Extrait de " ETRE " de Patrick Ehrhard – droits protégés

Comment pourrions-nous douter que nos souffrances existentielles, " psychologiques ", portent secrètement en elles un refus ? Le refus crée la division dans le monde des phénomènes. Il le morcelle et ainsi déforme nos perceptions. Conscient ou non, le refus de ce qui Est nous éloigne toujours de la vérité. Le moindre voile sur notre conscience de la réalité est le plus grand obstacle pour notre avancée.

Voiler la réalité, la refuser, c'est mettre quelque chose d'inexistant à la place de ce qui Est. Cela entraîne la douleur du " ça devrait être... ", du " j'aimerais mieux que... " - l'enseignement d'Arnaud DESJARDINS est particulièrement explicite sur ce sujet. L'espace entre ce qui Est et ce que l'on voudrait est l'espace du conflit. La présence est alors troublée par ce que le mental aime le plus pratiquer : le bavardage intérieur. Refuser la réalité entraîne vite des comportements dualistes. Tantôt nous voilà agressifs, violents, tantôt nous subissons et nous essayons de supporter. Nous prenons, nous jetons, nous sélectionnons en fonction de l'humeur, nous décidons ainsi arbitrairement de ce qui va nous rendre heureux ou malheureux.

" Ah, si le monde était parfait ! " Et nous voilà frustrés, insatisfaits, dégoûtés, méprisants, belliqueux ou démoralisés, car en fait ce que voulons exprimer c'est " Ah, si le monde était comme moi je veux qu'il soit ! " Ce qui revient à dire : " Je refuse que les choses et les événements soient ce qu'ils sont ! " Ces refus d'adultes sont l'empreinte des frustrations inconscientes de la petite enfance " J'aurais tant voulu que cela soit autrement ! " Et nous nous sommes créé un monde intérieur que notre mental projette sans cesse sur le monde extérieur, qui, de ce fait est nié dans sa réalité. Ce décalage nous fait alors bien souvent ressentir comme un malaise. Le refus de l'évidence nous place toujours dans l'incomplétude. Nous refusons tellement notre impuissance face aux affaires du monde ! Et, sans équivoque, l'impuissance blesse l'Ego ! Refuser et souffrir sont un même processus. Et parfois, il est vrai, nos idées et les phénomènes du monde peuvent correspondre un peu, ce qui ne manque pas de conforter l'Ego dans son orgueil et ses inflexibles positions.

La transformation vraie nécessite le non-refus de la réalité - non-refus signifiant l'acceptation, l'adhésion, qui n'est en aucun cas la résignation - et, à partir de ce qui est enfin reconnu, en s'ouvrant au sens, il est nécessaire d'opérer le passage vers l'inconnu. Bien sûr, il y a ici un risque que le moi n'aime pas prendre : la rencontre avec ce qui pour lui représente un vide. Aussi il préfère toujours agir en accord ou en opposition de ce qu'il perçoit pour ne pas perdre ses marques. Etre libre sur le chemin signifie donc aussi être libre des marques du connu, donc du passé. C'est voir tout conflit ou tout désordre avec un esprit libéré des influences anciennes, des croyances qui nous empêchent de voir comme si c'était la première fois. Ainsi, aborder les phénomènes présents en les isolant de toute historicité, donc aussi de toutes présuppositions futures négatives, est la seule façon de résoudre vraiment ce que le mental à coutume d'appeler un problème. Rappelons que dans notre manière " ordinaire " de fonctionner, le passé, le présent et le futur pensés, mentalisés, sont une seule et même chose : le passé. Ainsi la manière dont nous envisageons la vie qui vient serait donc déjà d'un autre temps ! Et il nous est bien difficile de ne pas refuser qu'il en soit autrement. Ce fonctionnement est instinctif. Il nous est difficile de refuser le passé dans la présence ; nous préférons refuser le présent, en référence à ce que nous croyons savoir.


Rappelons encore qu'apprendre à être libre du passé n'est pas le nier. Nous avons vu que le passé est la somme de présences vécues qui ont bâti notre réalité d'aujourd'hui, cela ne doit pas être oublié pour diriger nos actes présents. Se jeter dans le présent en faisant table rase de notre histoire et ne pas tenir pas compte des conséquences futures de nos actes seraient des attitudes irresponsables et désespérées. Mais il est indispensable cependant d'être libre de ce passé si nous voulons toujours agir de manière la plus juste et la plus neuve possible pour avancer sur le chemin de la pleine conscience. En fait il s'agit de calmer les bruits du passé. Il s'agit de faire silence pour entendre la présence.

N'obscurcissons donc pas notre présent avec des idées toutes faites qui ne savent que refuser ce qui les contrarie. Nous ne pourrions être libres des pièges de la comparaison. Ce penchant à tout comparer qui renforce les idéaux - conséquence de la réalité refusée - naît de la division qu'opère le moi en compartimentant, en clivant. Soulignons que les idéaux sont des réactions, des oppositions à ce qui Est. Ils sont des confrontations avec quelques perfections que l'on espère en réaction d'une réalité qui nous déplaît et dont nous nous séparons. Ils sont encore nos " moi j'aimerais que... ", nos " mais ce serait tellement mieux si… " - types d'expression qui contiennent des comparaisons, des refus... Renforçant donc la dualité chère au mental et à l'Ego et ne la dépassant jamais, les idéaux n'ouvrent sur aucune vérité. Ils renforcent les conflits - ce qui ne nous libère de rien, comme ne peuvent se libérer les deux faces d'une même pièce de monnaie. Toutes les attitudes qui s'opposent sont en fait la même chose ; tous les comportements réactionnels qui s'affrontent disent les mêmes maux.

Remarquons que nous comparons sans cesse. Nous ne pouvons rien appréhender sous un angle autre que jugé positif ou négatif (beau-laid, plaisant-déplaisant, désirable-indésirable...) donc sous un angle émotionnel. Cette attitude marque la dualité psychologique (ou mentale). Ainsi nous réduisons arbitrairement tout objet à deux uniques possibles d'existence qui s'excluent l'un l'autre. Nous créons alors deux mondes séparés par un fossé infranchissable pour l'Ego, le monde de l'agréable et celui du désagréable. Mêmes légitimés par le moi, dites-vous bien que ces deux mondes n'existent pas, ils sont inventés par le jugement de valeur - jugement de valeur qui, justifié par la comparaison, sert merveilleusement la culpabilité... Il est vrai que pour notre moi il n'est rien sans dualisme, la dualité soulignant les deux aspects indissociables et irréductibles d'une même chose. Ainsi, la dualité naturelle, dans notre perception spacio-temporelle, hors de tout jugement psychologique, revient à une complémentarité parfaite, une unité. En effet, naturellement, nous percevons tout ce qui existe en deux possibles d'être (jour et nuit, ombre et lumière, devant et derrière, haut et bas, avant et après, naissance et mort, corps et âme, toi et moi, féminin et masculin...). Comme nous l'avons vu plus avant, lorsque la dualité devient un point de vue du mental avec son jugement arbitraire et ses illusions - dualité psychologique - elle crée une opposition entre ces deux aspects - dualité manichéenne, ou mazdéenne (lutte entre ce qui est jugé bien et ce qui est jugé mal). Elle crée le duel dans le deux - l'unité n'est plus - et, de ce fait, laisse place à la comparaison et, en conséquence, au rejet. Soi et l'Autre, par exemple, non séparés dans la différence (unité intégrant la dualité), devient, d'un point de vue de l'Ego, Moi et l'Autre, divisés, désunis, séparées dans le deux. L'homme et la femme forment, dans leur complémentarité, un naturel dualisme  (yin et yang) ; dans la séparation opérée par l'Ego, ils soulignent une dualité psychologique par laquelle masculin et féminin s'affrontent. La comparaison mentale est ici sans appel !

La comparaison est un phénomène mental puissant qui a la capacité de renforcer la peur parce qu'il signe notre dépendance aux objets, donc la crainte de la perte de l'objet saisi. La comparaison fait également référence à un modèle que nous craignons de ne pas pouvoir atteindre et qui pourtant n'existe pas et n'existera jamais - à moins que ce ne soit nous le modèle et, dans ce cas, la comparaison alimente l'orgueil et la vanité... La comparaison s'infiltre partout. La peur porte en elle cette propension à comparer, diviser, même si cela n'est pas toujours manifeste. La comparaison, au travers des résistances du moi à toute vérité qui ne lui appartient pas, refuse cette essence même de la nature : la différence entre toutes choses, la non-séparation entre toutes ces choses (relation dans l'harmonie) et l'impermanence de ces choses. KRISHNAMURTI nous dit que la comparaison équivaut à une complaisance à sa propre suffisance. Ce n'est donc pas aimer. Le refus, la comparaison (ou division), la dépendance et la peur, très liés, sont les plus grands obstacles à l'amour. Bien sûr, il ne s'agit pas de nier les comparaisons que l'on peut avoir à faire entre plusieurs objets dans le but d'évaluer dans le présent celui qui correspond le mieux à notre besoin - même si, pour ne pas nous tromper, ces choix à faire exigent un esprit libre et clair. Pour choisir une voiture par exemple, il est important de comparer avec intelligence les prix, les performances, les technologies, etc. Cela est naturel. Mais il s'agit surtout pour nous de ne pas nous laisser piéger par ce processus mental presque systématique qui justifie et renforce, par ces résistances propres, les positions unilatérales de l'Ego. Dans les comparaisons qui concernent donc notre Ego, le passé psychologique est là, refusant aisément ce qui s'oppose à lui. La comparaison est l'incursion la plus caractéristique du passé dans le présent. De ce fait, tout ce que l'on sait (notre savoir personnel sur la vie) brouille la connaissance vraie que peut nous donner la présence. Ici et maintenant l'esprit n'est donc pas libre des préjugés et des références établies par les acquis et les certitudes du moi, le " savoir " si précieux du moi.


Le besoin de savoir pousse l'Homme à accumuler et à fixer dans la mémoire quantité de données. Le savoir est fait d'apprentissages essentiels, de raisonnements, de croyances transmises, de conclusions d'expériences de vie plus ou moins bien vécues… Il n'est donc jamais la lumière du présent ; il est toujours d'une autre histoire. Savoir n'est pas connaître. Connaître est expérience du moment - cela exige l'esprit libre du passé. Dans le cas contraire ce n'est pas connaître, ou, ce qui est mieux, " re-connaître ", c'est perpétuer le passé. Pour connaître vraiment, dans la présence, rien ne peut être décrété par avance, tout est à " re-sentir " en dehors de tout rejet. Pour connaître, il ne faut pas croire, sinon vous faites perpétuellement l'expérience de ce que vous croyez. Bien sûr, toute connaissance devient un savoir quand l'expérience glisse dans le passé ; ce savoir est donc toujours à réactualiser par la connaissance et son accueil de la réalité. Attention donc - si une certaine accumulation de données (savoir technologique, scientifique, culturel) est essentielle pour l'existence du sujet et pour son évolution, veillons à ce que notre mémoire mentale, notre savoir psychologique, ne devienne pas le maître de la conscience du présent. Affranchissons-nous du refus de ce que nous ignorons. Pour cela, les accumulations du savoir ne doivent pas polluer le présent en prenant toute la place ; dans le cas contraire, nos actions ici et maintenant sont comme prédéterminées, déjà figées à l'avance, donc forcément décalées par rapport à la réalité. En référence au passé, nous agissons alors plus ou moins en accord ou en opposition avec ce que notre mental perçoit (comme pour les idéaux). Conditionné en quelque sorte par un " modèle ", notre appréhension du présent ne peut ouvrir sur de nouveaux possibles. Nous sommes perpétuellement en réaction contre quelque chose. Les réactions en chaîne, enchaînent... Toute cause produit naturellement son effet, cet effet devient cause et ainsi de suite... La même chose se perpétue sous diverses formes et, en période de crise intérieure, nous ne songeons pas un seul instant qu'il est peut-être nécessaire de nous libérer de nos usuelles références, de nos accumulations mentales, de passer sur un autre plan - trouver un nouvel axe pour agir en parfaite résonance avec les événements qui se déroulent ici et maintenant. Certes, nous ne pouvons vivre hors des lois de cause et d'effet. Par elles nous progressons. Incontestablement, beaucoup de découvertes scientifiques et techniques font continûment leurs preuves et leurs effets ne sont pas à remettre en cause. Il est dans notre intérêt de les accepter en toute confiance. Mais sur un plan personnel, nous pouvons toujours voir dans nos fonctionnements ce qui ne convient plus et créer sans cesse, ici et maintenant, de nouvelles causes en rompant avec ce qui nous enchaîne. Ne refusons pas de nous libérer des empreintes qui refusent notre renaissance. Insistons bien sur ce fait : le refus est une chaîne. Par lui nous ne pouvons être libres. Ainsi, psychologiquement, nous pouvons nous rendre libres de la loi de cause et d'effet. Ceci est essentiel pour notre transformation. Réaffirmons-le, seule la connaissance qu'apporte l'instant est essentielle, même si le savoir peut avoir à y jouer éventuellement un rôle de conseiller bienveillant, d'ami, à condition toutefois que ce savoir soit nettoyé des rancœurs et des aversions relatives au passé qui blessent toujours cruellement la verticalité. Jamais nous ne changerons le passé, aussi, si nous voulons qu'il demeure un juste apprentissage, il est essentiel que ce passé dans la présence soit purifié par le pardon sans ressentiment - l'amour inconditionnel - Cet amour qui ne connaît pas le refus.


Le refus est multiple. Pour s'en affranchir, il est nécessaire de voir toutes les couches qui le caractérisent. Voyons que lorsque nous avons mal de ce qui Est, nous refusons à la fois ce qui Est et le mal que nous ressentons. Plus subtilement encore, nous refusons de refuser et ainsi de suite. Nous luttons, nous plaçons nos résistances, nos justifications, pour refuser toujours plus encore - refus et résistances sont la même chose. Ne refusez pas d'être une personne qui refuse, donc qui a des émotions. Ce deuxième refus qui vient se rajouter au premier refus qui a créé le trouble émotionnel est le premier à percevoir, le premier à abandonner. En acceptant qu'il faut du temps pour transformer les vues restrictives d'une conscience, apprenons à lâcher prise et à ne pas refuser ce qui Est, ni le mal ressenti. Ce qui Est, c'est tout ce qui habite la présence. Pour la paix inconditionnelle ne refusons rien de ce qui se passe ici et maintenant. Acceptons ce qui est là, avec tout ce que l'on ne sait pas et que l'on ne saura jamais. Et n'oublions pas que tout ce qui nous arrive, d'agréable ou de non favorable, sert à nous faire avancer ; cela nous fait travailler pour grandir et bâtir notre paix intérieure. Si nous écoutons, tout ce qui nous advient peut devenir un guide. Apprenons donc à faire silence pour laisser la présence nous parler, surtout au cœur de ce qui semble nous desservir. Calmons les pensées et leurs prétendues convictions sur les situations qui font notre vie. Les pensées ont toujours tendance à mettre leurs maux partout. Eclairées par la conscience de l'être, utilisées par l'intelligence pure, elles nous font agir avec efficacité. Instinctives et " non conscientes ", elles crient fort, refusent toujours quelque chose et nous emportent où bon leur semble. S'affranchir du refus, c'est, dans le silence intérieur, recréer l'union avec les énergies vitales en présence - les pensées détournent toujours trop nos énergies vitales pour leur propre compte, ce qui ne manque pas de créer en nous des tensions - tensions psychiques mais également physiques, organiques. Ces tensions signalent des attachements, des saisies, des emprises et des pouvoirs que l'on a peur de voir disparaître. Tous les refus, toutes les luttes, se gravent profondément dans le corps et transparaissent dans ses attitudes, ses postures, ses gestes, ses mouvements... Le refus est crispation. Il verrouille l'esprit et le corps. Lorsque nous ressentons des tensions face à des événements que nous voudrions différents, il est essentiel de se détendre intérieurement, ne plus prendre prise et laisser le changement naturel se produire. Le mouvement est toujours présent dans la verticalité, quoique nous en pensions. Si nous refusons la réalité, avec le mouvement naturellement contenu en ce qui Est, ou bien la crispation va essayer désespérément d'empêcher ce mouvement, ou bien elle va tenter de produire un changement qui ne sera pas celui qui devrait être. L'intelligence de la Vie ne peut alors se manifester. Les conséquences nous serons douloureuses... En lâchant prise au coeur du non refus, visitée et aidée par l'intelligence de la conscience consciente, toute action pourra s'inscrire dans le mouvement naturel des choses. Juste, elle sera génératrice de paix.

Accueillir ce qui Est, c'est donc se replacer au cœur des énergies, au cœur du mouvement de la Vie. Et de cet accueil peut naître la lumière ; car ne pas refuser ce qui Est nous guide, nous enseigne. Tout refus nous éloigne du sens. Le refus si naturel de la mort, par exemple, revient à nier une loi incontournable de la Vie : la mort est en nous tous ! Cette attitude mentale entraîne une autre souffrance : l'impossibilité de pénétrer le sens des choses - ce sens qui nous échappe sans cesse lorsque nous écartons la réalité. Certes, il est des morts cruellement illogiques pour notre moi, mais si nous voulons comprendre un temps soit peu la vie nous n'avons pas d'autres choix que d'en accepter les lois, même dans une souffrance extrême. Et si c'est légitimement difficile à admettre, si nous n'y arrivons pas encore vraiment, voyons que l'acceptation totale est la seule issue pour comprendre. " Toute chose que vous acceptez telle qu'elle est vous est révélée dans sa totalité " Lee Lozowick. Bien sûr, cette acceptation demeure plus facilement admissible pour tous les événements et phénomènes de l'existence autre que la mort d'un être cher. La perte du sens face au refus de la mort est sûrement notre épreuve la plus grande - une épreuve toujours intolérable à laquelle nous ne sommes jamais préparés.

Le non-refus apparaît donc comme l'absolu contraire de toutes les formes de la fuite. Lorsque nous fuyons, nous partons avec ce que nous avons refusé de voir en nous. Nous partons toujours avec ce que nous fuyons. En accusant les événements extérieurs d'être responsables, nous fermons les yeux à tout ce qui se passe en nous et autour de nous. Il nous est alors impossible d'être intérieurement libres. La liberté ne peut s'obtenir qu'en faisant face à ce qui l'entrave, donc en accueillant tout notre ressenti.

La pratique est donc de sentir constamment l'énergie qui caractérise le refus (sans refuser la part de soi qui refuse). Voyez le refus sous toutes ses formes, dans les mots des pensées, les gestes, les attitudes, les énergies réactionnelles, le savoir du moi avec ses croyances, etc. Devenez le non-refus pour dissoudre le refus. Discernez ce qui Est, des " ça devrait être... ". Acceptez d'être libre de la personne que vous ne serez jamais. Lâchez l'idéal. Laissez-vous vous dépouillez des illusions. Accepter le vide qui s'en suit. Ensuite, au cœur de la réalité, laissez-vous remplir de ce que vous êtes vraiment, de vos vraies valeurs, puis agissez avec elles selon votre désir présent, votre vrai besoin ou votre belle envie. " Voyez-vous, c'est seulement quand il y a en soi ce vide, non pas le vide d'un esprit superficiel, mais celui qui surgit avec la négation totale de tout ce que l'on a pu être, de tout ce que l'on devrait être, de tout ce que l'on sera - c'est dans ce vide, et dans ce vide seulement, qu'il y a création ; dans ce vide seulement peut prendre naissance une chose neuve. " Krishnamurty.

S'affranchir du refus, c'est donc dire Oui à ce qui Est vraiment. Il s'agit donc ici d'un Oui impersonnel, sans le moindre jugement ou à priori. Ce premier Oui n'affirme pas, il n'a pas d'opinion, il est la conscience dévoilée, objective. Oui fondamental, il est libre de la comparaison. Il ne cherche à convaincre ni soi ni autrui. Il est en dehors de toutes interprétations mentales, de toutes justifications ou compromissions. Il est le renoncement aux palabres du mental et aux convictions de l'Ego. Il est l'écoute de la compassion. Il est affirmation, acceptation qui abolit tout conflit. Ensuite, le sujet, en toute connaissance de cause, pourra dire " Non, je ne veux pas " ou " Oui, je veux " face aux événements présents parfaitement vus. Il pourra agir avec responsabilité et discernement de manière totalement personnelle. C'est alors le Oui ou le Non dirigé vers l'extérieur, Oui ou Non qui génère l'action avec courage, si celle-ci est possible...

  • S'il pleut, il ne peut logiquement être question de refuser ce qui est indiscutable : Oui, il pleut, sans jugement. Non, je ne veux pas qu'il pleuve aujourd'hui serait une émotion inutile, une division, une dualité mentale qui ne peut rien changer à la réalité. Mais, par contre, je peux dire Non au fait d'être trempé. Je décide alors d'agir en me couvrant d'un imperméable.
  • S'il fait soleil, il est naturel de dire Oui au ciel bleu. Mais si ce Oui cache le refus qu'il en soit autrement, voyez que c'est un Oui personnel conditionnel. Ce n'est pas le Oui impersonnel qui accueille ce qui Est dans l'unité, inconditionnellement.

Nous pouvons constater que dire Oui en tout premier lieu, de manière inconditionnelle, est difficile ; cela n'est ni instinctif ni naturel. Voyons encore notre exemple sur le temps : nous ouvrons nos volets, il pleut et, déçus, nous nous écrions " il fait mauvais ! " Si le soleil brille, nous dirons joyeusement " il fait beau ! " Nous avons bien du mal à accueillir le temps tel qu'il est sans le juger ; et hors dualité dire Oui c'Est ! Car il est évident qu'au plan de la réalité universelle le temps que nous " subissons " n'est ni bon ni beau ni mauvais ni laid, même s'il reste vrai que pour notre confort et notre santé le soleil semble plus stimulant que la pluie. Mais ne nous laissons tout de même pas décevoir par ce qui Est. Ne laissons pas ce que nous ne pouvons changer obscurcir notre relation avec nous-mêmes et avec les autres, surtout quand, à l'évidence, personne n'est responsable ! Ne refusez pas l'implacable réalité, transformez-vous en elle. Dites Oui c'Est !

Dire Non en tout premier lieu est toujours le signe du refus, car le Non est essentiellement personnel. C'est toujours le moi ou l'Ego qui dit Non. Exprimé en réaction, sans la suppression préalable du refus par le Oui à ce qui Est (ou affirmation du Tout), il confirme le refus de voir la réalité en toute première essence. L'Ego a cette particularité de répondre instinctivement Non pour se protéger, ou Oui pour saisir et s'approprier, sans préalablement avoir écouté et accueilli intentionnellement la réalité nue - réalité propice à la " re-connaissance ".

Veillons donc toujours à garder l'esprit libre des conclusions hâtives de notre immuable savoir quelque peu égocentrique ou égoïste ; ce savoir qui s'octroie tout pouvoir ! L'esprit pur est la conscience consciente sans discrimination, sans les constructions qu'opère la pensée. Il connaît la possible présence du refus sous tous ses déguisements (les préjugés, la division, la culpabilité, la non-écoute, le bavardage…). S'il lui arrive d'avoir à évaluer plusieurs possibles dans la présence, cela se fera librement, sans les entraves d'un ordre aveugle. Le choix se fera de lui-même, sans conflit.

Et l'esprit pur ne refuse pas la réalité de la personne dans son entièreté verticale. Conscience témoin de l'être, il ne refuse pas ce qu'est cette personne ici et maintenant avec ses divers refus, ses émotions, ses découragements, sa culpabilité. Cette attitude d'ouverture de la conscience est une vraie discipline, la discipline d'un sens juste, de l'intelligence vraie, de la " sensitivité " pure. Cette attitude est en elle-même acte juste. Elle est acte d'amour.

Avec amour encore, un amour sans condition pour déraciner toujours plus en nous le refus, si besoin est, plaçons-nous de temps à autre face à ces questionnements :

Quelle est ma souffrance, ici et maintenant ?

Qu'est ce qui me gêne, me dérange, me fait mal ?

Qu'est ce que je refuse ?

Quelle est ma réalité ?

Qu'est ce que je veux ?


- Ehrhard 2004 -
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